Soigner les plus faibles : droit ou devoir

Auteur : Roger GIL

Le soin vise, par définition, des personnes affaiblies par la maladie, l’accident, le handicap. Les plus faibles désignent à la fois celles et ceux dont on considère qu’ils n’ont pas acquis ou qu’ils ont perdu juridiquement leur capacité à consentir, mais aussi ceux qui sont les plus malades, les plus souffrants, les plus isolés. Le droit de soigner renvoie d’abord pour le soignant à une compétence qui lui est reconnue et il s’accompagne de manière coextensive du devoir de soigner qui relève, sur le plan éthique, du principe de bienfaisance. Mais le droit de soigner désigne aussi le consentement aux soins de la personne malade ou blessée qui manifeste ainsi l’autonomie, reconnue à tout citoyen, fut-il à l’extrême de sa faiblesse. Tel est le sens de la législation française qui depuis 2002 a défini les droits des citoyens malades et le primat du principe d’autonomie au détriment du principe de bienfaisance, suspect de dérives paternalistes. Mais comment concilier ce nécessaire respect de l’autonomie dans les cas où la personne malade est hors d’état d’exprimer sa volonté ? Les dérives anticipées, la désignation de la personne de confiance sont-elles des réponses satisfaisantes ? Qu’en est-il aussi quand il s’agit d’une personne mineure ou déclarée incapable de discernement ? L’acharnement autonomique ne risque-t-il pas de devenir alors une négation de l’autonomie ? L’autonomie des plus faibles ne procède-t-elle que d’un déploiement rationnel ou est-elle aussi et d’abord l’acquiescement à une relation de confiance ?

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