Docteur Sun Yat-Sen : la prescription du sérum nationaliste pour sauver « l’homme malade de l’Asie »

Auteur : Fabien GALLINELLA

En ce premier quart du XXIe siècle, affirmer que la Chine deviendra, à brève échéance, la première puissance mondiale sonne presque comme une lapalissade. Les opinions déclinistes sur l’Occident sont aujourd’hui légion alors que les observateurs semblent presque unanimes quant à l’hégémonie probable de la Chine dans les décennies qui viennent. Sans se livrer à une rhétorique divinatoire et prédictive, force est de constater que la Chine actuelle détient des attributs essentiels de la surpuissance. L’ascension de la Chine apparaît comme d’autant plus spectaculaire que l’Empire du Milieu semblait irrémédiablement embourbé dans l’impuissance au début du XXe siècle.
Ce redressement n’a pu advenir, nécessairement, qu’à la suite d’un long déclin amorcé véritablement – puisqu’il faut bien une date pour borner la période – en 1842, année de la première humiliation nationale, du premier traumatisme. Vae victis : 1842 fut l’année de la signature du Traité de Nankin, un accord lésionnaire pour les Chinois, léonins au profit des Britanniques qui venaient alors d’écraser la Chine lors de la première guerre de l’opium (1839-1842). Hong Kong passa sous la coupe des Britanniques et plusieurs ports chinois furent ouverts de force au commerce international. Grâce au système de concessions et à leur puissance commerciale, les Européens commencèrent alors leur lente pénétration dans l’Empire du Milieu. Malgré la vexation subie en 1842, les Chinois ne prirent pas immédiatement la mesure de leur situation. Seuls quelques intellectuels, qui furent séduits par les réformes de l’ère Meiji au Japon, invitèrent leurs compatriotes à copier les techniques de l’Occident, en vain. Jusqu’à l’extrême fin du XIXe siècle, leur assurance, et le mépris à l’égard des étrangers qui en découlait, maintint la majorité des Chinois dans un confort intellectuel et moral. La confiance dans la supériorité de leur civilisation les rendait indifférents à leur propre actualité, et il fallut donc attendre 1895 et la défaite catastrophique face au Japon pour que la torpeur s’évanouisse aussitôt, cédant alors la place à la colère puis à la révolte. Pour les élites chinoises, l’action devenait urgente et vitale.
 

I. Ad augusta per angusta : la médecine comme véhicule d’une ascension sociale
   A. Les réseaux anglo-protestants, porte d’entrée pour le monde médical occidental
   B. Les études de médecine, « rampe de lancement » du révolutionnaire professionnel

II. La réception du darwinisme au fondement d’un nationalisme chinois moderne
   A. La réinterprétation du darwinisme social en solidarisme national
   B. Densification et rationalisation du discours nationaliste via la thématique raciale

III. La médecine nutritionnelle au service d’une conciliation de la tradition avec la modernité
   A. La compatibilité de la science occidentale avec la tradition culinaire chinoise, preuve d’une capacité de la Chine à relever le défi de la modernité
   B. L’ancrage dans la tradition confucéenne, entorse à la modernité occidentale pour la création d’un modernisme chinois original

Fabien GALLINELLA

Fabien Gallinella est doctorant contractuel à l'université d'Aix-Marseille, CERHIIP (EA 2186).

Médecins et politique (XVIe-XXe siècles) (n° 29)

15 €

Fiche technique

Les cahiers de droit de la santé

Support : Numérique

ISSN : 2427-4836

24 pages

Page 117 à 140