L'« autopsie du coeur des rois » dans Les chaînes de l’esclavage (1774) du docteur Marat

Auteur : Julien BROCH

« Exceptionnalité dans la Révolution », au cours d’une Révolution elle-même exceptionnelle. C’est ainsi que Mona Ozouf s’est exprimée à propos de Jean-Paul Marat dans la notice qu’elle lui a consacré. C’est que l’« énergumène », qui n’a d’ailleurs guère été aimé de ses comparses révolutionnaires, a fait couler beaucoup d’encre tant le personnage ne laisse personne indifférent. Le concernant, l’hyperbolisme, en bien et surtout en mal, est de rigueur. Rien n’est banal s’agissant de lui. Qu’il s’agisse de la façon dont il a trouvé la mort, du privilège qu’il a eu en quelque sorte de plaider sa cause avant ce fameux jour du 13 mai 1793, de son physique peu avenant mais mû par une « agitation théâtrale » et par un sens de la mise en scène peu commun, ou encore d’un discours que ses détracteurs qualifient volontiers de délirant et d’extravagant, tandis que ses admirateurs y décèlent une authentique fibre patriotique et populaire. Somme toute, le bilan est sombre…
On en oublierait presque qu’à sa décharge Marat peut se prévaloir d’une carrière de médecin et que c’est d’ailleurs à l’époque où il fut au sommet de la carrière que ce sectateur d’Hippocrate a singé les siens, dans le domaine politique, en entreprenant de procéder, sur le terrain des idées, à « l’autopsie du cœur des rois ». Cette étrangeté mérite qu’on s’attarde, dans le cadre forcément limité d’un article, à l’ouvrage Les chaînes de l’esclavage, qu’il fait paraître une première fois en 1774, puis une seconde et une troisième en 1789 et 1792, et dans lequel il livre les conclusions de cet examen qui, fait curieux, est ante-mortem dans la mesure où il précède de quinze ans la grande Révolution.
 

I. Un diagnostic posé : une tyrannie avançant à pas feutrés
   A. La libido dominandi, un mal affectant les chefs d’État
   B. Une réduction en esclavage à la fois graduelle et discrète

II. L’inventaire méticuleux des poisons lents du despotisme
   A. Le venin de l’apathie : consommation et divertissement
   B. Les toxiques resserrant les chaînes de la dépendance

III. Des remèdes plus ou moins éprouvés face au despotisme
   A. Un remède aléatoire : les recours juridiques
   B. Un remède ultime : l’appel à la révolte généralisée

Julien BROCH

Julien Broch est maître de conférences HDR en histoire du droit à Aix-Marseille université, Centre d’étude et de recherche en histoire des institutions et des idées politiques (CERHIIP EA 2186).

Médecins et politique (XVIe-XXe siècles) (n° 29)

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Fiche technique

Les cahiers de droit de la santé

Support : Numérique

ISSN : 2427-4836

28 pages

Page 67 à 94