Le gouvernement des corps souffrants dans Les Morticoles (1894) de Léon Daudet

Auteur : Christine PENY

Les progrès parfois spectaculaires de la médecine du XIXe siècle ont largement contribué à une reconnaissance accrue et à la réévaluation du rôle social du médecin. Sans surprise, ce surcroît d’importance sociologique s’est accompagné d’une affirmation grandissante sur le plan politique. Aussi, à la fin du XIXe siècle, le médecin est-il bien souvent devenu en France, plus qu’un simple notable, un acteur à part entière de la vie politique. Lorsqu’il n’est pas lui-même élu, local ou national, l’homme de l’art tient salon ou fréquente les cénacles les plus en vue. Sollicité pour donner son avis en matière judiciaire, il va jusqu’à conseiller le prince, participant à l’élaboration de certains textes législatifs et réglementaires.
Les premières voix se font alors entendre pour critiquer l’influence croissante de ces vils « mécaniciens » de l’humain, lesquels ne seraient pas ce qu’ils disent être. Une des plus fortes critiques émane d’un jeune homme qui fut un temps l’un des leurs : Léon Daudet.
Dans son premier véritable roman, Les Morticoles, le fils d’Alphonse Daudet décrit une société imaginaire dominée par les médecins. En Morticolie en effet, les praticiens cumulent les fonctions politiques et constitutionnelles traditionnelles. Ils les monopolisent au détriment du reste de la population, en particulier celles de législateur, de juge et de bourreau. La nouveauté de cette dystopie, le ton particulièrement acide de l’œuvre et le culot de son auteur assurèrent d’emblée à Léon Daudet une certaine notoriété.
Du point de vue de l’organisation politique qu’elle décrit, l’œuvre de Léon Daudet conserve encore aujourd’hui une originalité certaine. Celle-ci réside moins dans la réunion, au pays des Morticoles, des fonctions politiques (de légiférer, de juger et d’exécuter ou de torturer) que dans les rapports que lesdites fonctions entretiennent entre elles et dans la conception particulière de la peine (renvoyant toujours aux deux sens du mot) qui préside à une telle organisation des pouvoirs.
 

I. L'auteur des Morticoles
   A. La personnalité de Léon Daudet
   B. Léon Daudet à l’époque des Morticoles
   C. La maladie d’Alphonse

II. Le voyage en Morticolie
   A. La population morticole
   B. L’omniprésence de la peine
   C. Le rôle politique de la peine

III. L’organisation du pouvoir morticole
   A. Enfermement, torture et traitements
   B. La législation morticole
   C. La justice morticole

Christine PENY

Chistine Peny est maître de conférences en histoire du droit à l'université d'Aix-Marseille (LID2MS).

Médecins et politique (XVIe-XXe siècles) (n° 29)

15 €

Fiche technique

Les cahiers de droit de la santé

Support : Numérique

ISSN : 2427-4836

21 pages

Page 141 à 161