Louis-René Villermé (1782-1863) : un médecin défenseur du libéralisme économique et de l’amélioration des conditions de travail des ouvriers

Louis-René Villermé appartient à ce groupe de personnages qui ont su s’illustrer dans différents domaines et laisser à la postérité une œuvre féconde.
Né à Paris en 1782 et mort dans la même ville en 1863, il entreprend une carrière de chirurgien avant d’être appelé à servir, dès l’an XII, dans le 75e régiment d’infanterie comme médecin militaire. Du fait de son appel sous le drapeau de la Grande Armée, il parcourt l’Europe dès 1805 au sein du 75e régiment de ligne puis du 17e régiment des Dragons. Apprécié par ses supérieurs, tant pour son talent de chirurgien que pour ses qualités militaires, il est élevé au titre de chirurgien aide-major, alors qu’il n’avait pas encore soutenu sa thèse de doctorat, et ce n’est qu’après sa démobilisation qu’il achèvera ses études de médecine, en 1814, avec une thèse intitulée Essai sur les fausses membranes.
Son exercice de la médecine a été toutefois de courte durée. Dès 1818, Villermé œuvre fréquemment aux travaux de diverses sociétés savantes pour lesquelles il rédige des études et des rapports. Dès ces premiers travaux, il tend à dénoncer les souffrances vécues par les personnes malades et par les populations en situation de précarité. S’il illustre ses propos en se fondant sur des exemples personnels, notamment observés durant les campagnes militaires, Villermé les prolonge en procédant à une énumération clinique, préfigurant alors une analyse objective statistique, dans le but de mettre en lumière les situations douloureuses qu’il rencontre à l’occasion de l’élaboration de ses travaux.
Cette démarche mêlant rigueur clinique et analyse personnelle sera poursuivie plus tard dans des ouvrages dans lesquels Villermé entreprend de s’aventurer au-delà de la frontière des questions sociales et politiques. En 1820, il publie en effet un travail intitulé : Des prisons telles qu’elles sont et telles qu’elles devraient être, avec pour sous-titre : Ouvrage dans lequel on les considère par rapport à l’Hygiène, à la Morale et à l’Économie politique. Il y développe l’exposé des conditions de vie de détenus en insistant sur la structure des bâtiments dans lesquels les prisonniers sont enfermés, mais aussi sur leur habillement, leur alimentation leur activité et leurs mœurs ; mais ce travail ne se satisfait pas d’un inventaire analytique des éléments participant à la vie des détenus : Villermé aborde dans deux chapitres au moins un ensemble de mesures destinées à améliorer ces conditions et à permettre à ceux qui sont incarcérés de s’élever moralement. Cet ouvrage, qui ressemble tout à la fois à une étude sociologique et scientifique et à un essai en vue d’alerter l’opinion sur la situation matérielle et morale que connaissaient les détenus, annonce déjà la portée du travail que sera celui de Villermé.
Presque au même moment, Villermé utilise les statistiques dressées par la préfecture de la Seine afin de comparer la morbidité et la mortalité des personnes admises au sein des services hospitaliers de la capitale ; travail remarqué par les autorités médicales, notamment par le docteur Pâtissier qui s’était déjà intéressé à l’œuvre de Bernardino Ramazzini, auteur italien du XVIIe siècle précurseur des études dans le domaine des maladies professionnelles.
En ce début du XIXe siècle, la démarche entreprise par Villermé détonne. Certes, les études sociologiques relatives aux conditions de vie des contemporains commencent à se développer, mais l’approche de l’ancien médecin des armées de l’Empire est originale. Elle est celle d’un médecin rigoureux sensible à l’impact de l’environnement professionnel et domestique sur la santé des ouvriers et des personnes en situation précaire. Cette manière de faire est à l’origine de sa renommée dans les hauts cénacles médicaux ; et, le 3 juin 1823, Villermé est élu pour siéger parmi les premiers membres de l’Académie royale de médecine, nouvellement instituée par Louis XVIII. Sa notoriété dès lors ne se tarit pas. Elle s’accroît même encore, notamment par sa participation à la lutte contre l’épidémie de choléra qui toucha Paris en 1832, épidémie dont il étudia la propagation avec la même méthode analytique. En décembre 1832, il est élu à l’Académie des sciences morales et politiques, nouvellement restaurée par Louis-Philippe Ier.

I. La liberté du travail, moteur de l’économie et du changement social
   A. Le libéralisme économique, facteur d’amélioration des conditions de travail
   B. Le libéralisme économique, stabilisateur de l’ordre social

II. Les actions caritatives privées, un moteur de l’amélioration des conditions de vie
   A. L’amélioration du bien-être général résultant des mesures de prévoyance et de l’application des règles d’hygiène
   B. Une action secondaire de l’État

Médecins et politique (XVIe-XXe siècles) (n° 29)

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Fiche technique

Les cahiers de droit de la santé

Support : Numérique

ISSN : 2427-4836

18 pages

Page 285 à 302