Paul Bert, logiques et contradictions de l’engagement républicain d’un grand scientifique

Auteur : Rémi DALISSON

Paul Bert reste de nos jours une énigme pour l’historien comme pour le commun des mortels. Et pour cause, son nom est relativement connu à travers des « rues Paul-Bert » que l’on trouve dans la plupart des préfectures françaises et de nombreux chefs-lieux, dans des stations de métro ou de bus (à Lyon ou Chatillon-Clamart), des « cercles Paul Bert » souvent dédiés à des activités sportives (à Rennes, Mâcon), sociales (PMI Paul Bert à Colombes) et culturelles (Meaux, Aubonne), sans oublier de nombreux établissements scolaires. Son patronyme est en effet le sixième donné à des écoles, collèges ou lycées, derrière le quatuor si républicain formé de Jules Ferry, Louis Pasteur, Jean Jaurès et Victor Hugo. Et si l’on ne retient que les fondateurs de l’école républicaine, il est le troisième patronyme donné à des établissements scolaires derrière Ferry et Paul Langevin.
Mais si l’on interroge le grand public, voire les enseignants officiant dans les établissements « Paul Bert », peu savent les raisons de cette notoriété odonymique ou socioculturelle. Seuls les spécialistes de l’histoire de l’école, à travers la loi Bert de 1879, et quelques scientifiques et médecins connaissent encore le membre de l’Institut, président perpétuel de la Société de Biologie qui donne son nom au prix Paul Bert créé par la NASA ou à ses découvertes comme l’hyperoxie dite « effet Paul Bert ». C’est bien peu pour une telle personnalité qui fait aussi l’actualité pour ses engagements colonialistes, souvent critiqués de nos jours de manière totalement anachronique et simplificatrice.
Hors du cercle des historiens de la Troisième République et de l’école, c’est donc comme scientifique que Paul Bert reste encore un peu dans la lumière au début du XXIe siècle. Dès lors, il faut s’interroger sur les causes de cet oubli qui renvoie aux contradictions entre les principes progressistes d’une sommité scientifique et son action politique républicaine, notamment dans le domaine colonial et éducatif. Plus précisément, il s’agira de comprendre ici la logique de l’engagement politique et républicain d’un grand médecin, élève de Claude Bernard et de Louis-Pierre Gratiolet, une logique qui ne peut se comprendre qu’en la contextu­alisant pour éviter les anachronismes qui nuisent tant à la réputation de Paul Bert.
Nous verrons qu’il n’y a aucune contradiction entre médecine ou science et engagement républicain, patriote et colonialiste, un engagement alors fondé sur une vision racialiste du monde largement partagée au XIXe siècle. Et c’est bien la science et l’école, fondements de l’engagement de Paul Bert, qui résument ces contradictions apparentes que le monde d’aujourd’hui a tant de mal à comprendre.

I. Paul Bert, scientifique car républicain ou républicain car scientifique ?
   A. Formation d’un enfant d’un terroir spécifique
   B. Engagement scientifique et idéaux de Paul Bert

II. Paul Bert, convertir à la République par l’école et la science
   A. Les réseaux Paul Bert : au croisement des sociabilités républicaines
   B. Un ministre pédagogue, rationaliste et militant de la République d’après 1870
   C. Raison, science et religion : la laïcité de Paul Bert ou le combat rationaliste du siècle

III. Paul Bert, colonialisme, race et universalisme républicain
   A. Colonies et République : contradictions et représentations d’un siècle
   B. L’engagement colonial de Paul Bert : éduquer et émanciper au nom du progrès

Rémi DALISSON

Rémi Dalisson est professeur des universités à l'université/ESPE de Rouen (Laboratoire du GrHis).

Médecins et politique (XVIe-XXe siècles) (n° 29)

15 €

Fiche technique

Les cahiers de droit de la santé

Support : Numérique

ISSN : 2427-4836

21 pages

Page 95 à 115