Quand les médecins d’Ancien Régime s’essayaient à la réflexion politique : Jean Héroard et son Institution du Prince (1609)

Auteur : Julien BROCH

« Le XVIIe siècle n’aimait pas l’enfance ». C’est du moins l’opinion exprimée par V.-L. Tapié en 1952. À supposer qu’elle soit exacte, elle mérite d’être quelque peu nuancée, en ce sens qu’il existait une exception, et de taille, au mépris dont il est fait état. Le dauphin, lui, faisait l’objet de toutes les sollicitudes. Il suffit d’écouter Henri IV pour s’en convaincre : « Tais-toi, sage-femme, ne te fâche point ; cet enfant est à tout le monde ; il faut que le peuple s’en réjouisse », avait-il dit à Louise Bourgeois, alors qu’elle s’opposait à ce qu’on ouvre grand les portes de la chambre où venait d’accoucher Marie de Médicis, pour que quelque deux cents personnes puissent assister à ce moment essentiel de la vie de l’État royal : la naissance de celui qui assurera, le moment venu, la continuité dynastique. Ceci explique que le futur Louis XIII a fait l’objet de mille attentions, qu’il s’agisse de celle de ses médecins, et de ce point de vue il a grandi « dans un environnement médical autant chargé de le protéger que de le torturer », des pédagogues qui se sont succédé à son pupitre, ou encore des érudits et des praticiens de la politique qui lui ont appris l’exercice du pouvoir.
Justement, il en est un, Jean Héroard, homme des XVIe et XVIIe siècles, qui a exercé ces trois rôles, les uns officiellement, les autres plus ou moins officieusement. C’est justement ce caractère polyvalent, ou plus exactement le fait que le médecin soit sorti de son rôle pour se mêler de pédagogie et de l’art de gouverner un grand État, qu’il soit passé d’Asclépios à Zeus, qui mérite qu’on s’y attarde, et ce d’autant plus que ce n’était pas si fréquent à l’époque dont nous parlons.
 

I. Le point de vue pédagogique sur l'éducation du dauphin
   A. La légitimité du médecin à discourir sur l’« institution » du prince
   B. Le contenu du discours « légitime » du médecin sur l'éducation du prince

II. Le point de vue politique sur le gouvernement du roi
   A. Prescrire une finalité éthique au pouvoir
   B. Proscrire l’exercice solitaire du pouvoir

Julien BROCH

Julien Broch est maître de conférences HDR en histoire du droit à Aix-Marseille université, Centre d’étude et de recherche en histoire des institutions et des idées politiques (CERHIIP EA 2186).

Médecins et politique (XVIe-XXe siècles) (n° 29)

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Fiche technique

Les cahiers de droit de la santé

Support : Numérique

ISSN : 2427-4836

30 pages

Page 27 à 58