Entre éthique et droit : le jugement moral, facteurs cognitifs et émotionnels. Une enquête chez 938 sujets

Auteurs : Roger GIL, Isabelle INGRAND, Nematolah JAAFARI, Claudette PLUCHON, Charlotte TURQUE

Le jugement moral suscite, après délibération de la conscience, une prise de décision. Il est coextensif au droit, c’est-à-dire aux règles qui régissent les relations des membres d’une même société, dans leur genèse comme dans leur application. La morale comporte ainsi deux facettes : une facette sociale et une facette personnelle. Les études de réponses de sujets normaux ou cérébrolésés à des dilemmes moraux, mais aussi les techniques d’imagerie fonctionnelle du cerveau, ont permis de montrer que la décision morale dépend conjointement de facteurs cognitifs et de facteurs émotionnels. Les seconds prédominent dans les dilemmes moraux personnels au cours desquels le déploiement d’une action dont les conséquences sont bonnes (sauver plusieurs personnes) nécessite d’être l’agent direct de la mort de quelqu’un. Ces dilemmes privilégient donc les choix déontologiques mobilisés préférentiellement par les émotions. À l’opposé, les dilemmes impersonnels au cours desquels autrui n’est pas lésé dans son intégrité physique ou encore au cours desquels le sujet n’est pas directement responsable de la mort, suscitent préférentiellement des choix utilitaristes ou conséquentialistes fortement sous-tendus par des processus cognitifs. Mais certains dilemmes personnels à haut niveau conflictuel exposent à des choix difficiles mobilisant fortement les processus émotionnels et les processus cognitifs. 938 étudiants (médecine et sciences politiques) ont ainsi participé à un questionnaire d’enquête constitué de treize scénarios. Certains d’entre eux étaient des dilemmes moraux personnels et impersonnels ; d’autres scénarios correspondaient à des scénarios non moraux, à des scénarios impliquant la morale conventionnelle et à des scénarios impliquant la morale écologique. Ce sont les résultats de cette enquête qui sont rapportés. Les réponses aux dilemmes moraux ont été analysées sous l’angle des relations et des contrastes entre le déploiement de processus cognitifs et de processus émotionnels, entre les choix déontologiques et les choix utilitaristes, entre les dilemmes à haut niveau conflictuel et les autres. Les réponses aux scénarios impliquant la morale conventionnelle (code de la route) ne semblent mobiliser que peu les processus émotionnels et il en est de même des réponses aux scénarios impliquant la morale écologique. Les choix opérés par les filles diffèrent significativement de ceux des garçons en particulier pour les dilemmes moraux personnels, les scénarios impliquant la morale conventionnelle et ceux impliquant la morale écologique.

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