En médecine, la mise en récit est une ressource classique des formes d’accompagnement
et de soins : des échanges épistolaires entre patients et médecins du XVIIIe siècle, au
virage narratif des courants constructivistes et interactionnistes des années 1970 – qui
permet l’avènement des récits de maladie – et à l’émergence actuelle de la médecine
narrative ou autres programmes d’éducation thérapeutique du patient où sont mobilisés
les récits de soi des patients. Cette approche narrative se développe dans la formation,
la clinique, la recherche, en prenant des formes multiples et des fonctions hétérogènes.
Du côté des malades et personnes concernées, non seulement la production de récits
d’expériences de maladies chroniques ou d’épisodes aigus foisonne, mais celle-ci donne
lieu à des pratiques et des analyses encore en cours d’exploration. De là sont mis au jour
les processus de construction et de compréhension de son expérience, de sa trajectoire,
d’une part de soi et d’autre part, des processus de construction et de reconnaissance
de savoirs nouveaux en santé. Lorsque les personnes concernées s’engagent dans des
activités de formation des professionnels de santé, le recours à la mise en récit de soi ne
relève plus de la seule pratique du témoignage, plus ou moins instrumentalisé, mais du
dispositif formateur et formatif, pour l’usager formateur comme pour les apprenants.
Mots-clés : narration en santé, récits d’expérience, médecine narrative, usager formateur,
savoir expérientiel, émancipation, formation professionnelle, témoignage, injustice
épistémique