Bérengère LEGROS

Bérengère Legros est maître de conférences HDR à l'université de Lille, droit et santé (Centre droits et perspectives du droit, EA n°4487, L'EREDS). Elle enseigne à la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales notamment dans les masters 2 « Droit et politiques de santé » et « Droit de la santé en milieu de travail ». Elle enseigne également dans le master 2 « Droit et management de la santé au travail » dont elle est la responsable. Depuis 2015, elle est la rédactrice en chef de la Revue générale de droit médical.

Interview

Auteur de Euthanasie, arrêts de traitement, soins palliatifs et sédation L’encadrement par le droit de la prise en charge médicale de la fin de vie (Collection Tout savoir sur...)

Bérengère LEGROS, vous êtes une grande spécialiste des questions juridiques des droits des malades, et en particulier en fin de vie. Pouvez-vous nous présenter votre nouvelle œuvre, que nous qualifions de complète et spécifique ?

Bérengère Legros : L’objectif de cet ouvrage est de dresser l’état des lieux de l’encadrement par le droit de la prise en charge médicale de la fin de vie, en explicitant les rapports actuels du droit, tout d’abord avec l’euthanasie, ensuite avec les « protocoles » de la fin de vie (procédure de limitation et d’arrêt de traitement, soins palliatifs dans lesquels il faut intégrer la sédation), et enfin, en s’interrogeant sur l’opportunité sociale d’instituer, « en complément », l’euthanasie ou le suicide assisté en droit français, en étayant notre réflexion notamment sur les « systèmes » élaborés aux Pays-Bas, en Belgique, au Luxembourg, en Suisse, dans les État de l’Oregon et de Washington, ainsi que sur leurs mises en application.

À qui s’adresse votre ouvrage ?

BL : Il s’adresse à toutes les personnes qui s’intéressent aux questions liées à la fin de vie, et est tout autant accessible aux juristes, aux professionnels de santé qu’aux profanes sans lien avec ces spécialités.

Que nous apprend votre travail de recherche comparée des pratiques et « systèmes » de différents pays ?

BL : À l’heure actuelle, nous ne sommes plus face à des spectres d’éventuels dérapages d’un encadrement de l’euthanasie ou de l’aide au suicide. En effet, la mise en application des « systèmes » révèle, la plupart du temps, leur non-respect, telle l’euthanasie sans demande explicite. Par ailleurs, leur existence même conduit au faible développement des soins palliatifs et, parfois, à l’anticipation pour des motifs économiques de ce qui relève de l’obstination déraisonnable. En outre, une banalisation, voire l’indifférence, se met en place dans ces pays, face à la demande de mort, y compris lorsque la personne n’est pas malade mais est simplement âgée. Ces deux phénomènes expliquent également la validation par certains « systèmes », en droit, de l’euthanasie sur le fondement des souffrances psychiques en laissant leur appréciation, en fait, contrairement à la lettre des textes, aux demandeurs, et en y laissant englober la dépendance et sa prévision. Toute demande de mort, camouflée sous l’étiquette officielle d’euthanasie, devient alors possible, d’autant qu’aucun réel contrôle médical (et donc social) ne peut être réalisé dès lors qu’il n’y a pas de filtre palliatif, comme en Belgique ou aux Pays-Bas. On constate également un glissement inéluctable lorsque le système institue une dépénalisation vers une légalisation de fait. On peut dès lors s’interroger sur la capacité de la France à élaborer un tel encadrement sans tomber dans ces écueils.

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